
"Histoires de chambres" est un projet photographique lié à mon mémoire de master II sur l'intimité photographique à travers le lieu qu'est la chambre à coucher. Photographier des chambres n’est sûrement pas un acte anodin. C’est une curiosité de ma part, mais avant tout le désir de comprendre pourquoi ce lieu est si important dans nos vies, pourquoi ce fait-il que ce lieu regorge de secrets, de détails qui nous sont si chers, et qui témoignent de notre intimité ?
La captation du milieu, de l’environnement de mes modèles est ce qu’il y a de plus important dans mon travail. C’est en me rapprochant de ces détails que nous réussissons à surprendre une petite part de cette intimité si compliquée à photographier car évanescente dès que le photographe s’en approche.
Entrer dans la chambre à coucher de quelqu’un a toujours été pour moi entrer au plus profond d’un être, entrer dans ses secrets, découvrir ses trésors, sa vie. Voir la chambre de quelqu'un c'est voir la présence de son corps.
La porte de la chambre sépare deux mondes : l’intérieur et l’extérieur, l'espace des rêves et l'espace du corps, le privé et le public. A l’intérieur, les modèles sont une chambre, une atmosphère, un espace, un lieu, une pensée ; à l’extérieur ils sont un corps, une enveloppe. J’ai photographié d’une part le modèle devant la porte fermée de sa chambre et d’autre part une vue d’ensemble de sa chambre telle quelle, comme elle est à l’ordinaire, en désordre ou bien rangée mais vidée de toute présence. L’imaginaire est ainsi sollicité par le hors champs que cette porte donne à voir, à imaginer. La couleur donne tous les détails des objets présents dans la chambre, ce qu’il y a de plus intime c’est peut être bien la couleur des draps. Elle fait aussi le lien par la teinte entre les corps devant la porte et le décor derrière celle-ci.Comme si les corps déteignaient sur la chambre et inversement. Ici c'est le corps qui fait barrière, comme pour préserver l'intimité de la chambre des regard malveillants.
Ces chambres vidées de corps ne sont pas pour autant vidées de présence. Les lits, les meubles, les éléments de la chambre, sont des témoins de la réalité des corps qui l’habitent jusqu'à la hanter. En montrant leur absence, c’est leur présence qui se manifeste à mon regard. Le corps comme emprunte indélébile, comme toile de fond de la chambre à coucher.
"A la porte de la maison qui viendra frapper ?
Une porte ouverte on entre
Une porte fermée un antre
Le monde bat de l’autre côté de ma porte"
Pierre Albert-Birot dans Les amusements naturels